Racine du projet
Article mis en ligne le 2 mars 2014
dernière modification le 4 mars 2014
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En Périgord Vert, des territoires se vident de leur population active. Une commune parmi d’autres, celle d’Eyvirat, où il y eut jusqu’à 30 exploitations agricoles et seulement 6 aujourd’hui !
En Aquitaine, notre région a perdu en 10 années le quart de ses exploitations et près de 100 000 hectares de terres à vocation agricole !
En France, à Notre Dame des Landes, un projet d’aéroport gigantesque, menace 2 000 hectares de terres bocagères d’une biodiversité exceptionnelle, et condamne 40 exploitations agricoles !
En Inde, 50 000 paysans sans terre se sont rassemblés pour une marche d’un mois jusqu’au parlement de New Delhi avec comme objectif : obtenir des terres pour vivre dignement !

Du local au global, on pourrait déplorer d’autres situations, dans d’autres communes du Périgord Vert, d’autres régions de France, d’autres pays d’Europe et sur d’autres continents !

Témoignage personnel

« Hannah et moi sommes des hors cadre familiaux, et portons un projet agricole en bio avec des vaches laitières et transformation fromagère. Nous sommes ce que l’on appelle à tort des « néo ruraux ». Je suis actuellement en formation agricole afin d’obtenir la capacité aux demandes d’aide à l’installation. En parallèle, je réfléchi mon installation avec l’aide d’une association « la Maison des paysans » qui est l’ADEAR en Dordogne. C’est grâce à cette association que nous avons été mis en relation avec « Terre de liens » dont le but est, entre autres, d’acheter des fermes pour y installer des paysans par le biais de la collecte d’épargne solidaire.
Après avoir trouvé une ferme qui corresponde à notre future activité - et ce ne fut pas sans mal puisqu’en Dordogne les structures agricoles dites moyennes se font littéralement engloutir par de plus grosses – nous avons présenté notre dossier à Terre de liens. Il en suivit un enthousiasme inespéré, et c’est un montage inédit qui s’est mis en place pour acquérir les terres. La SAFER locale (qui a été irréprochable dans cette histoire) la Région (qui devait porter l’achat dans un premier temps) et Terre de liens, ont su travailler ensemble et trouver un accord rapidement.
Tout se passait de façon idyllique mais c’était sans compter l’avidité de certains agriculteurs. Suite à la publicité légale de l’achat des terres, une mise en concurrence a été déposée, ce qui induit la réunion d’une Commission cantonale et d’un Comité technique SAFER. Mais au final, par un vote du Conseil d’administration de la SAFER en faveur d’agriculteurs locaux, c’est le choix d’agrandir une exploitation existante qui a été fait (passant de 140 à 170 hectares) plutôt que d’installer.
Alors que le modèle agricole dominant s’attriste de la disparition des paysans, et notamment des éleveurs (moins 10% des producteurs de lait en 2012 en Dordogne), alors qu’à grands coups de communiqués de presse celui-ci se targue de défendre les petites structures avec circuit court, dans les faits il n’en n’est rien, et au lieu de réaliser 4 installations c’est le choix de n’en faire que 2 qui a été retenu ».
Hannah et Yvan, futurs paysans.

Quelques constats partagés
Les chiffres du recensement général agricole parus en septembre 2011 sont éloquents :

Entre 2000 et 2010, une exploitation agricole sur quatre a disparu. Les terres sont alors souvent reprises par des exploitations voisines souhaitant s’agrandir.

Conséquence, la superficie moyenne des fermes françaises a augmenté de 30 % en 10 ans tandis que le nombre de chefs d’exploitation a diminué de 20 %. Ainsi la France déplore chaque année la perte de 60 000 hectares de terre agricole, soit l’équivalent d’un département en surface tous les 10 ans.

Le prix du foncier a bondi de 40 % en 10 ans : la pression financière est telle qu’elle rend même difficile la transmission intergénérationnelle des propriétés.

Ces données mettent en lumière les problèmes liés à l’installation des jeunes, au renouvellement des générations de paysans et au foncier agricole. Une situation aggravée sur certains territoires par l’urbanisation galopante.

Les paysans sans terres apparaissent donc aujourd’hui en France, et en Périgord vert. De plus en plus de jeunes, dépourvus de tout apport foncier familial, souvent non issus du milieu agricole, galèrent pour trouver un terrain qui leur permettra de s’installer. Les terres sont trop chères. Et quand elles se libèrent, elles vont d’abord agrandir une propriété, ou sont destinées à des usages non agricoles.

Au-delà de la difficulté réelle et dramatique à s’installer, la spéculation foncière due à une politique d’urbanisation désastreuse, une agriculture intensive et une pression touristique accrue, compromet fortement l’utilisation équilibrée et durable de la terre agricole.

« Le piège infernal »

Moins de paysans > Moins de jeunes > Moins de familles
Moins d’artisans/commerçants > Moins de services > Moins d’écoles

Moins d’habitants ?

Des territoires sans espoir ! Des territoires mouroirs !

Deux associations et une approche commune

La Sauce Paysanne et la Scierie ont coorganisé cet évènement. La rencontre de nos deux associations n’est sans doute pas un hasard. En fait, elle se trouve à la convergence de nos divers parcours, solitaires ou partagés, d’hommes et de femmes d’horizons divers. Mais au-delà de la variété de leurs origines, de leurs motivations, de leurs formes et de leurs découvertes, ces chemins ont souvent été marqués par un temps de nomadisme. Un temps plus ou moins long pour chacun, de libre exploration des possibles, dans l’espace géographique comme dans l’espace social.
Nos parcours partagent l’intuition que les destins ne doivent pas être déterminés par leurs seules terres natales. Les sentiers, parfois improbables, de nos diverses expériences personnelles, sont quelques fois passés à l’écart des utilités convenues. Nous pensons aujourd’hui qu’ils ont constitué un même chemin vers la construction d’une identité personnelle et de valeurs partagées. Ils nous permettent la rencontre avec un territoire choisi, celui où nous avons décidé de nous arrêter comme sédentaires, et construire des projets ensemble.
En quelques années, nos deux associations se sont développées sur des objectifs différents et complémentaires, avec des habitants du territoire.
Aujourd’hui, la rencontre de nos démarches et de nos valeurs inspire notre vision sur la manière de vivre ensemble sur le territoire. Celle-ci fonde notre volonté de coopération autour d’enjeux partagés. Cette année c’est la question des paysans sans terre qui nous rassemble pour agir. Mais à partir de cette vision commune nous espérons dans les années qui viennent, mobiliser nos énergies sur d’autres enjeux.
Nos deux associations ont donc la volonté de générer sur le territoire, du Pays Périgord Vert et du Parc Naturel Régional, un événement proposant une réelle réflexion ouverte, sur les difficultés de l’accès au foncier pour des nouveaux arrivants, ou pour des autochtones ayant un projet en agriculture paysanne.
Ensemble nous sommes convaincus qu’il est nécessaire de lutter contre la spéculation foncière, d’inciter les acteurs à favoriser une participation des citoyens leur permettant d’exercer leur responsabilité sur l’usage qui est fait de leur territoire.
Nous pensons donc qu’il faut développer par des actions publiques, le débat sur la gestion de la terre, et encourager les collectivités locales à considérer comme essentiel le rôle de la terre comme ressource irremplaçable dans l’aménagement du territoire.




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